Accordeur professionnel accordant un piano à queue avec précision et maîtrise de la technique d’accordage.
Accordage d’un piano à queue : gestes précis et contrôle de la tension.

Technique d’accordage de pianos : comprendre comment un piano s’accorde

Un accordage réussi repose sur des gestes maîtrisés, une écoute attentive et une bonne compréhension de l’instrument. Découvrez comment l’accordeur agit sur la tension des cordes, utilise ses outils et adapte progressivement la hauteur des notes sur l’ensemble du clavier pour obtenir un accord stable et équilibré.

Qu’est-ce que la technique d’accordage de pianos ?

La technique d’accordage de pianos désigne l’ensemble des gestes, des réglages et des méthodes qui permettent d’ajuster avec précision la tension des cordes et d’obtenir un accord stable et équilibré. Elle repose à la fois sur une bonne maîtrise du geste, une écoute attentive et une connaissance du fonctionnement de l’instrument.

Un piano compte généralement entre 220 et 240 cordes, alors que son clavier ne comporte que 88 touches. Chacune de ces cordes est soumise à une tension importante. Accorder un piano ne consiste donc pas simplement à tourner les chevilles jusqu’à obtenir la bonne hauteur : il faut effectuer des mouvements très fins, équilibrer la tension des cordes et stabiliser les chevilles afin que l’accord se maintienne dans le temps.

L’oreille joue également un rôle essentiel. Elle permet notamment de contrôler les battements entre les cordes d’une même note, les octaves et, à la fin de l’accord, l’équilibre sonore de l’ensemble de l’instrument.

Chaque piano réagit différemment selon sa construction, son âge, son état et sa tenue d’accord. L’accordage doit donc être adapté à chaque instrument. Dans les sections suivantes, nous verrons d’abord comment le son se forme à l’intérieur du piano et quels éléments interviennent dans l’accordage, puis quels outils sont utilisés et comment se déroule concrètement l’accord d’un piano ou d’un piano à queue.

Accordeur plaçant des coins en feutre entre les cordes pour un accordage stable et harmonieux.
Mise en place des coins en feutre pour un accordage stable et harmonieux.

Un regard à l’intérieur du piano

Lorsqu’on ouvre un piano droit ou un piano à queue, on découvre un ensemble complexe de cordes, de chevilles d’accord, de chevalets, d’étouffoirs et d’éléments de la mécanique, ainsi que le cadre en fonte et la table d’harmonie. Sur l’illustration ci-dessus, la mécanique a été retirée afin de dégager la vue sur les éléments de l’instrument qui jouent un rôle important lors de l’accordage. On y observe également le principe fondamental de la technique d’accordage de pianos : c’est en modifiant la tension des cordes que l’on ajuste leur hauteur.

Selon leur construction, les pianos droits et les pianos à queue possèdent généralement entre 220 et 240 cordes, bien que leur clavier ne comporte que 88 touches. De nombreuses notes ne sont en effet pas produites par une seule corde, mais par deux ou trois. Dans le registre médium et dans l’aigu, une note comporte généralement trois cordes, dans les registres plus graves deux, et dans l’extrême grave souvent une seule. Plusieurs cordes qui produisent ensemble la même note forment un chœur de cordes, ou simplement un chœur. Pour que la note soit claire et homogène, les cordes qui composent ce chœur doivent être accordées avec précision les unes par rapport aux autres.

Marteaux recouverts de feutre devant les chœurs de cordes à l’intérieur d’un piano.
Les marteaux se trouvent directement devant les chœurs de cordes qu’ils frappent lorsque l’on joue.

À l’une de leurs extrémités, les cordes sont enroulées autour des chevilles d’accord. Celles-ci sont solidement ancrées dans le sommier et maintiennent la forte tension des cordes. Lorsqu’une cheville est légèrement tournée à l’aide du marteau d’accord, la tension de la corde se modifie et, avec elle, sa hauteur. C’est sur ce principe simple que repose l’accordage aussi bien du piano droit que du piano à queue.

Les étouffoirs font également partie des éléments importants. Ils reposent sur les cordes et empêchent celles-ci de continuer à vibrer après le relâchement d’une touche. Lorsqu’une touche est enfoncée, l’étouffoir correspondant se soulève et libère les cordes afin qu’elles puissent vibrer. Lorsque la touche est relâchée, le marteau et l’étouffoir reviennent à leur position de repos et le son s’éteint.

Marteau et étouffoir d’un chœur de deux cordes dans le registre grave, lors de la frappe et en position de repos.
À gauche : lorsque la note est jouée, l’étouffoir est soulevé du chœur de deux cordes dans le registre grave.
À droite : après le relâchement de la touche, le marteau et l’étouffoir sont revenus à leur position de repos.

Lorsque la pédale forte est enfoncée, les étouffoirs sont soulevés simultanément des cordes. Les cordes frappées peuvent ainsi continuer à vibrer même après le relâchement des touches.

Étouffoirs d’un piano soulevés par la pédale forte et en position de repos sur les cordes.
À gauche : lorsque la pédale forte est enfoncée, les étouffoirs sont soulevés des cordes, qui peuvent vibrer librement.
À droite : en position de repos, les étouffoirs sont en contact avec les cordes et empêchent leur vibration prolongée.

La différence la plus visible entre le piano droit et le piano à queue réside dans la disposition de leurs éléments. Dans un piano droit, les cordes et la table d’harmonie sont disposées presque verticalement, tandis que dans un piano à queue elles sont placées horizontalement. La mécanique est elle aussi disposée différemment : dans un piano droit ouvert, elle est clairement visible devant les cordes, alors que dans un piano à queue elle est située sous celles-ci et n’est que partiellement visible depuis le dessus.

Dans un piano à queue, les cordes s’étendent principalement dans le sens de la longueur de l’instrument, tandis que les cordes graves passent en diagonale au-dessus de la zone occupée par les cordes du registre médium.

Cordes croisées d’un piano à queue, avec les cordes graves passant en diagonale au-dessus des cordes du registre médium.
Cordes croisées dans un piano à queue :
Les cordes graves passent en diagonale au-dessus de la zone des cordes du registre médium, tandis que l’ensemble des cordes s’étend principalement dans le sens de la longueur de l’instrument.

Le piano droit utilise lui aussi cette disposition appelée cordes croisées. En raison de sa construction beaucoup plus compacte, le croisement des cordes y est généralement particulièrement facile à observer.

Cordes croisées d’un piano droit, avec les cordes graves passant en diagonale au-dessus des cordes des registres médium et aigu.
Cordes croisées dans un piano droit :
Les cordes graves passent nettement en diagonale au-dessus des cordes presque verticales des registres médium et aigu. La construction compacte de l’instrument rend ce croisement particulièrement visible.

Mais la corde seule ne produit pas encore le son puissant que nous connaissons du piano. C’est l’interaction entre la mécanique, les cordes, les chevalets et la table d’harmonie qui transforme le mouvement de la touche en son caractéristique du piano. Le cheminement de cette vibration est expliqué plus précisément dans la section suivante.

Comment le son se forme dans un piano

Lorsqu’une touche est enfoncée, la mécanique met en mouvement un marteau recouvert de feutre, qui frappe la corde ou le chœur de cordes correspondant. Immédiatement après l’impact, le marteau s’éloigne de nouveau de la corde afin que celle-ci puisse vibrer librement.

La vibration de la corde seule ne produirait cependant qu’un son relativement faible. Par l’intermédiaire du chevalet, elle est transmise à la table d’harmonie. Cette grande et fine surface en bois se met à son tour à vibrer et déplace une quantité d’air beaucoup plus importante. C’est ainsi que le son du piano acquiert son volume et son caractère particulier.

Pour l’accordage, il est essentiel que la corde puisse vibrer librement et que son son puisse être évalué de manière fiable. Sa hauteur dépend principalement de sa longueur, de sa masse et de sa tension. Lors de l’accordage, la longueur et la masse de la corde restent inchangées : c’est sa tension qui est modifiée.

Schéma d’une corde de piano avec chevalet, table d’harmonie, cheville d’accord et sommier. Les vibrations de la corde sont transmises à la table d’harmonie par l’intermédiaire du chevalet.
Les vibrations de la corde sont transmises à la table d’harmonie par l’intermédiaire du chevalet.

Les éléments importants pour la technique d’accordage de pianos

Lors de l’accordage d’un piano droit ou d’un piano à queue, plusieurs éléments de l’instrument interviennent. Les cordes, les chevilles d’accord, le sommier, la table d’harmonie et la mécanique jouent un rôle particulièrement important. Les cordes, les chevilles et le sommier déterminent directement la hauteur et la tenue de l’accord, tandis que la table d’harmonie assure la transmission et le rayonnement des vibrations. La mécanique permet quant à elle de frapper les cordes de manière fiable et ainsi d’évaluer précisément les sons produits.

Les cordes sont soumises à une forte tension et produisent les différents sons par leurs vibrations. La hauteur d’une corde dépend principalement de sa longueur, de sa masse par unité de longueur et de sa tension. Lors de l’accordage, cette tension est modifiée par de très petits mouvements de la cheville jusqu’à ce que la hauteur souhaitée soit atteinte. Une seule corde peut supporter une force de traction de plusieurs dizaines de kilogrammes ; sur un piano à queue de concert, la tension totale de l’ensemble des cordes peut atteindre environ 20 tonnes.

Les chevilles d’accord sont des tiges en acier trempé autour desquelles les cordes sont enroulées à l’une de leurs extrémités. De très faibles rotations permettent de modifier la tension de chaque corde et donc d’en régler la hauteur. Chaque cheville est solidement maintenue dans le sommier, une pièce massive constituée de plusieurs couches de bois dur, conçue pour assurer leur maintien et résister durablement aux forces considérables exercées par les cordes.

La mécanique joue elle aussi un rôle important lors de l’accordage. Elle doit fonctionner de manière fiable afin que chaque note puisse être frappée correctement et évaluée avec précision. Si, par exemple, un marteau se bloque ou ne se déplace pas librement, une intervention mécanique peut être nécessaire avant de poursuivre l’accordage.

L’état des feutres des marteaux est également important. Lorsqu’ils sont fortement marqués par les cordes, aplatis ou endommagés, le son peut perdre de sa clarté. Selon leur état, les feutres peuvent être remis en forme par un ponçage et un façonnage appropriés ; lorsqu’ils sont trop endommagés, leur remplacement peut devenir nécessaire.

Des pièces défectueuses ou trop résistantes dans la mécanique peuvent également empêcher un marteau ou d’autres éléments mobiles de revenir correctement à leur position initiale. Si, par exemple, le ressort de la languette est endommagé, la languette peut ne plus reprendre correctement sa position après la frappe. La répétition rapide d’une note devient alors difficile, voire impossible ; en cas de dysfonctionnement plus important, la touche concernée peut même ne plus permettre de jouer la note de manière fiable.

Mécanique d’un piano droit avec têtes de marteaux en feutre, étouffoirs et chœurs de cordes.
La mécanique d’un piano droit :
Au premier plan, les têtes de marteaux recouvertes de feutre ; à l’arrière-plan, à droite, les étouffoirs et les chœurs de cordes.

Les vibrations des cordes sont transmises par les chevalets à la table d’harmonie. Celle-ci met en vibration une surface beaucoup plus grande et permet ainsi un rayonnement sonore efficace. Le piano acquiert de cette manière sa sonorité caractéristique et sa puissance.

Pour l’accordage, les cordes et les chevilles d’accord jouent un rôle particulièrement direct. Afin de modifier précisément la tension des cordes et d’isoler celles qui doivent être entendues individuellement, l’accordeur utilise quelques outils spécialement conçus à cet effet.

Les outils de la technique d’accordage de pianos

Pour réaliser un accordage soigné, peu d’outils sont nécessaires, mais ils sont spécialement conçus pour ce travail. Le principal outil mécanique est le marteau d’accord, qui permet de tourner les chevilles et de modifier ainsi la tension des cordes. Les coins d’accord servent à étouffer temporairement certaines cordes d’un chœur afin de pouvoir entendre isolément celle qui doit être accordée.

Dans mon travail, j’utilise également un logiciel d’accord professionnel, qui analyse la hauteur des cordes et aide à calculer une courbe d’accord adaptée à chaque instrument. Le diapason, qui fournit traditionnellement le la de référence A4, fait lui aussi partie de l’équipement classique de l’accordeur.

Mais les outils ne suffisent pas : c’est surtout la maîtrise de leur utilisation qui est déterminante. De très faibles mouvements de la cheville peuvent déjà produire des variations audibles de hauteur, tandis que l’oreille conserve une fonction essentielle de contrôle tout au long de l’accordage.

Marteau d’accord placé sur une cheville lors de la technique d’accordage de pianos.
Régler précisément la cheville à l’aide du marteau d’accord.
De très faibles rotations suffisent à modifier la tension de la corde et donc sa hauteur.

Le marteau d’accord – un réglage précis de la cheville

Le marteau d’accord, également appelé clé d’accord, est le principal outil mécanique de l’accordeur. Il possède un long bras de levier et un embout adapté qui s’ajuste précisément sur la partie carrée de la cheville. De petits mouvements de rotation contrôlés permettent de faire tourner celle-ci et de modifier ainsi la tension de la corde correspondante.

Il ne suffit cependant pas de tourner la cheville jusqu’à atteindre la hauteur souhaitée. Entre la cheville et la partie vibrante de la corde se trouvent plusieurs points de contact et de déviation où se produisent des frottements. Le mouvement de la cheville ne se transmet donc pas toujours immédiatement et uniformément à l’ensemble de la corde. La tension doit être équilibrée de manière contrôlée et la cheville positionnée de façon à ce que la hauteur obtenue reste aussi stable que possible.

La manière de manier le marteau d’accord est également déterminante. Les mouvements latéraux doivent être évités autant que possible, car ils peuvent compromettre la stabilité de la cheville dans le sommier. Les rotations inutiles sont elles aussi à éviter afin de ne pas solliciter davantage que nécessaire son ancrage. L’objectif est donc d’atteindre la hauteur souhaitée avec un minimum de mouvements, effectués de manière ciblée.

Cela demande de l’expérience et une grande sensibilité au comportement du marteau d’accord, de la cheville et de la tension de la corde. Un accord stable ne dépend pas uniquement du fait qu’une corde présente la bonne hauteur au moment de la mesure. Il faut surtout que la cheville soit correctement positionnée et que la tension de la corde soit équilibrée de manière à ce que la note conserve sa hauteur aussi fidèlement que possible, même après une frappe énergique.

Les coins d’accord – isoler certaines cordes

De nombreuses notes d’un piano droit ou d’un piano à queue sont produites par deux ou trois cordes qui forment ensemble un chœur de cordes. Pour pouvoir accorder une corde individuellement, les autres doivent être temporairement étouffées. On utilise pour cela des coins d’accord, placés entre les cordes voisines afin de les empêcher de vibrer.

Sur un piano à queue, on utilise généralement de petits coins en caoutchouc ou en feutre que l’on insère par le dessus entre les cordes. Sur un piano droit, en raison de la disposition verticale des cordes, on peut également employer des coins plus longs, en forme de pince. Ils peuvent être fabriqués, par exemple, en matière synthétique avec un ressort ou en bois avec une garniture souple et permettent d’étouffer précisément des cordes situées dans des zones moins facilement accessibles.

Dans un chœur de trois cordes, deux cordes sont d’abord étouffées afin qu’une seule puisse vibrer librement. Celle-ci est accordée à la hauteur souhaitée et sert ensuite de référence pour les deux autres. La deuxième corde est alors libérée et accordée à l’unisson avec la première, tandis que la troisième reste encore étouffée. Enfin, cette dernière est à son tour libérée et ajustée aux deux cordes déjà accordées.

Coins d’accord utilisés dans la technique d’accordage de pianos pour isoler les cordes d’un chœur de trois cordes.
Coins d’accord lors de l’accordage d’un chœur de trois cordes :
En haut à gauche, la corde de droite peut vibrer librement ; en haut à droite, les cordes de gauche et du milieu sont libres ; en bas, seule la corde du milieu peut vibrer.

Lors de l’accord des cordes à l’unisson, l’oreille joue un rôle particulièrement important. De faibles différences de hauteur entre deux cordes produisent déjà des battements audibles. Plus leurs fréquences se rapprochent, plus ces battements ralentissent, jusqu’à disparaître presque entièrement lorsque les deux cordes sont accordées avec une grande précision. Les différentes cordes se fondent alors acoustiquement en une seule note claire et homogène.

Les coins d’accord sont ainsi des outils simples mais indispensables à la technique d’accordage de pianos. Ils permettent d’accorder d’abord séparément les cordes d’un chœur, puis de les ajuster précisément les unes par rapport aux autres.

Le logiciel d’accord – mesurer la hauteur et la courbe d’accord

Outre les outils mécaniques, j’utilise également dans mon travail un logiciel d’accord professionnel. Par l’intermédiaire du microphone d’un ordinateur portable ou d’une tablette, il analyse les notes jouées et indique l’écart entre leur hauteur mesurée et la hauteur cible correspondante.

Au début de l’accordage, plusieurs notes réparties sur l’ensemble du clavier peuvent être analysées. Le logiciel en tire des informations sur l’instrument et aide à calculer une courbe d’accord adaptée. Pendant l’accordage, il sert ensuite de référence pour déterminer la hauteur des différentes cordes.

Le logiciel d’accord ne remplace cependant pas l’oreille. Il fournit des mesures et des hauteurs cibles calculées, tandis que le contrôle sonore continue à être effectué à l’oreille.

Diapason accordé sur le la A4 à 440 Hz.
Diapason pour le la de référence A4 = 440 Hz
Après avoir été frappé, il produit un son de référence presque pur.

Le diapason – la référence acoustique traditionnelle

Le diapason fait partie des outils traditionnels de l’accordeur. Un diapason correspondant au la de référence A4 produit, après avoir été frappé, un son presque pur d’une fréquence déterminée, généralement 440 Hz. Lors d’un accordage à l’oreille, ce son peut servir de référence acoustique.

Lorsqu’un logiciel d’accord professionnel est utilisé, le diapason n’est plus nécessaire pour déterminer la hauteur. Il conserve néanmoins toute son utilité comme moyen de référence simple et fiable lors de l’accordage à l’oreille.

Comment accorde-t-on un piano ?

La démarche fondamentale est la même pour un piano droit et un piano à queue. L’accordage se déroule en plusieurs étapes : il faut d’abord déterminer la hauteur générale de l’instrument, puis ajuster précisément les différentes cordes et enfin contrôler musicalement l’ensemble de l’accord.

Déterminer le diapason – le la A4 comme référence

La première question consiste à déterminer à quelle hauteur il est judicieux d’accorder l’instrument. Pour cela, il ne suffit pas de mesurer une seule note. À l’aide d’un logiciel d’accord professionnel, j’analyse une série de notes réparties sur l’ensemble du clavier afin de déterminer le diapason actuel de l’instrument.

Ce diapason est exprimé à partir du la A4. Si les mesures indiquent par exemple A4 = 435 Hz, cela signifie que l’ensemble de l’instrument se situe sensiblement au-dessous du diapason standard actuel. C’est notamment le cas de certains pianos droits ou à queue qui n’ont pas été accordés depuis longtemps et dont la hauteur générale a progressivement baissé.

Aujourd’hui, la référence habituelle est A4 = 440 Hz. Lorsqu’un instrument doit être joué avec un orchestre symphonique, un diapason plus élevé, par exemple A4 = 442 Hz, peut également être nécessaire.

Le diapason mesuré ne détermine toutefois pas automatiquement la hauteur à laquelle l’instrument doit être accordé. Si un piano se situe par exemple à A4 = 435 Hz, il peut être judicieux de l’accorder à cette hauteur lorsqu’il n’est pas destiné à être joué avec d’autres instruments accordés à A4 = 440 Hz ou à un autre diapason déterminé. Les modifications de tension des cordes et les forces qui en résultent sur le cadre en fonte, les chevalets et la table d’harmonie restent ainsi relativement faibles. Cette solution permet également d’obtenir un accord aussi stable que possible.

Si, au contraire, un piano droit ou un piano à queue doit être remonté de A4 = 435 Hz à A4 = 440 Hz, la tension d’une grande partie des cordes doit être augmentée. Une telle correction de hauteur demande davantage de travail et peut nécessiter un nouvel accord ultérieurement. Le diapason définitif est donc choisi en concertation avec le client. Une autre possibilité consiste à relever progressivement la hauteur lors des accords annuels jusqu’à atteindre, après quelques années, le diapason souhaité de A4 = 440 Hz.

Une fois le diapason déterminé, l’accord proprement dit peut commencer. Les hauteurs doivent alors être ajustées les unes par rapport aux autres afin d’obtenir des intervalles équilibrés et une sonorité cohérente sur l’ensemble du clavier. Dans la technique d’accordage de pianos, deux approches principales permettent de construire l’accord sur toute l’étendue de l’instrument : traditionnellement à l’oreille ou à l’aide d’un logiciel d’accord professionnel. Les différences entre ces deux méthodes ainsi que le rôle de la courbe d’accord sont expliqués plus loin.

Le marteau d’accord est placé avec précision sur une cheville parmi les autres chevilles du piano.

Régler précisément la hauteur des cordes

Lors de l’accordage, une seule corde d’une note est d’abord isolée et amenée à la hauteur souhaitée. Les autres cordes du chœur sont ensuite libérées successivement et accordées à l’unisson avec la première, jusqu’à ce qu’aucun battement gênant ne soit plus audible.

Une partie importante de la technique d’accordage de pianos consiste non seulement à atteindre la bonne hauteur avec le marteau d’accord, mais aussi à positionner la cheville de manière contrôlée. Après la correction, celle-ci doit rester aussi stable que possible afin que la corde conserve durablement la hauteur obtenue. Cela exige des mouvements très faibles et ciblés du marteau d’accord.

Lorsque la hauteur générale d’un instrument doit être sensiblement relevée, j’accorde lors du premier passage les cordes trop basses volontairement un peu au-dessus de leur hauteur cible. Le principe est le suivant : plus une corde se trouve au-dessous de la hauteur recherchée, plus elle est d’abord amenée au-dessus de celle-ci.

La corde peut tout d’abord être tendue avec précaution sensiblement au-delà de la hauteur prévue, puis sa tension est réduite de manière contrôlée jusqu’à atteindre la hauteur recherchée pour ce premier passage. Cette manière de procéder favorise l’équilibrage de la tension dans la corde et contribue à mieux stabiliser la hauteur obtenue.

En raison de la modification des forces de traction et de l’équilibrage progressif des tensions dans l’ensemble du système de cordes, la hauteur des cordes remontées redescend ensuite légèrement. Lors du deuxième passage, les corrections nécessaires sont donc nettement plus faibles que si les cordes avaient été accordées directement à leur hauteur définitive dès le premier passage. Cette méthode permet en même temps d’obtenir un accord plus stable.

Contrôle musical et corrections finales

Après l’accord proprement dit, je procède à un contrôle musical de l’ensemble de l’instrument. Je joue pour cela des passages de différentes pièces de piano ou j’improvise librement dans plusieurs registres. J’écoute alors la sonorité générale et la manière dont chaque note s’intègre dans l’ensemble harmonique.

Si une note attire mon attention parce qu’elle paraît, par exemple, trop brillante, trop présente ou légèrement déséquilibrée, je contrôle d’abord le chœur de cordes correspondant. Lorsque ses deux ou trois cordes ne sont pas parfaitement à l’unisson, des battements apparaissent et peuvent modifier le caractère sonore de la note. Une légère correction à l’intérieur du chœur suffit souvent pour que celle-ci retrouve sa place naturelle dans l’ensemble sonore.

Un chœur parfaitement accordé en lui-même ne signifie toutefois pas nécessairement que la hauteur de la note dans son ensemble soit exacte. Toutes les cordes du chœur peuvent se trouver ensemble légèrement trop hautes ou trop basses. Je contrôle donc ensuite l’accord par les octaves. Je les joue depuis les registres les plus graves jusqu’aux plus aigus et vérifie que les notes restent cohérentes entre elles sur toute l’étendue du clavier. Si une différence apparaît, je corrige à nouveau la hauteur du chœur concerné.

Il n’est pas toujours possible d’obtenir un chœur totalement exempt de battements. Certaines cordes peuvent présenter, en raison de leurs caractéristiques propres, des irrégularités sonores que l’accordage seul ne permet pas d’éliminer complètement. Pour obtenir un unisson parfaitement pur, il pourrait alors être nécessaire de remplacer la corde concernée. Sur les instruments de bonne qualité et en bon état, ce phénomène reste toutefois relativement rare.

La méthode décrite ici correspond à ma propre technique d’accordage de pianos, développée et affinée au fil de nombreuses années de pratique. D’autres accordeurs peuvent procéder différemment dans l’ordre des opérations, les contrôles ou les corrections finales. L’essentiel est que les différents chœurs soient correctement accordés, que les hauteurs restent cohérentes sur l’ensemble du clavier et que l’instrument offre finalement une sonorité équilibrée et harmonieuse.

Courbe d’accord illustrant la technique d’accordage de pianos : aigus progressivement plus hauts et graves plus bas autour du la A4 = 440 Hz.
La courbe d’accord dans le stretched tuning
Le la de référence A4 = 440 Hz, indiqué en bleu, sert de point de repère pour le diapason. La courbe montre comment l’accord s’élargit progressivement vers le bas dans le grave et vers le haut dans l’aigu.

La courbe d’accord – pourquoi les graves et les aigus s’écartent de la théorie

Les fréquences théoriques du tempérament égal peuvent être calculées à l’aide d’une relation mathématique simple. En prenant comme référence le la A4 = 440 Hz, la fréquence de chaque note peut être déterminée en fonction de sa distance par rapport à A4, exprimée en demi-tons :

f(n) = 440 · 2ⁿ⁄¹²

Dans cette formule, n représente le nombre de demi-tons au-dessus ou au-dessous de A4. Une octave correspondant à douze demi-tons, la fréquence est doublée vers l’aigu ou divisée par deux vers le grave. A5 se situe ainsi à 880 Hz et A3 à 220 Hz. On obtient de cette manière une succession de fréquences théoriques précisément calculables sur toute l’étendue du clavier.

Une corde réelle de piano ne se comporte cependant pas comme une corde parfaitement flexible. Elle ne vibre pas uniquement dans toute sa longueur à sa fréquence fondamentale, mais simultanément en plusieurs segments plus petits, produisant ainsi des partiels. Dans le cas d’une corde idéale, les fréquences de ces partiels seraient des multiples entiers exacts de la fréquence fondamentale.

Or, les cordes d’un piano possèdent une certaine rigidité. Leurs partiels se situent donc légèrement au-dessus de ces multiples théoriques. Cet écart, appelé inharmonicité, peut être décrit approximativement par la relation suivante :

fₙ ≈ n · f₁ · √(1 + B · n²)

Dans cette formule, f₁ désigne la fréquence fondamentale de la corde, n le numéro du partiel considéré et B le coefficient d’inharmonicité. Plus ce coefficient est élevé, plus les partiels supérieurs s’écartent des rapports de fréquences idéaux.

Cette inharmonicité joue un rôle essentiel dans la technique d’accordage de pianos. Si, par exemple, une note située une octave plus haut était accordée exactement au double de la fréquence fondamentale de la note inférieure, elle ne coïnciderait pas parfaitement avec le partiel correspondant de cette dernière. L’octave pourrait alors paraître trop étroite à l’oreille. En pratique, les hauteurs sont donc légèrement adaptées afin que les fondamentales et les partiels importants s’accordent mieux entre eux.

C’est ainsi que se dessine, sur l’ensemble du clavier, la courbe d’accord. Dans le registre médium, les hauteurs réelles restent généralement très proches des valeurs théoriques. Plus on s’en éloigne, plus l’écart devient perceptible : les notes sont progressivement accordées plus haut dans l’aigu et plus bas dans le grave. Cet élargissement de l’accord est également appelé stretch.

L’importance de cet écart varie selon l’instrument. La longueur, le diamètre et la tension des cordes ainsi que leur conception influencent leur inharmonicité. Un piano à queue de concert, avec ses cordes plus longues, présente donc généralement une inharmonicité plus faible et une courbe d’accord moins prononcée qu’un petit piano droit aux cordes comparativement plus courtes et plus rigides.

Un logiciel d’accord professionnel peut analyser les partiels de plusieurs cordes et en tirer des informations sur l’inharmonicité propre à l’instrument. Il peut ainsi calculer des hauteurs cibles permettant d’établir une courbe d’accord adaptée au piano. Les fréquences mathématiques du tempérament égal constituent le point de départ théorique ; l’accord réel tient en plus compte du comportement vibratoire des cordes.

Accorder un piano à l’oreille ou avec un logiciel d’accord

La manière de mettre en pratique la courbe d’accord propre à un instrument dépend de la méthode utilisée. Un piano peut être accordé traditionnellement à l’oreille ou à l’aide d’un logiciel d’accord professionnel. Les deux méthodes poursuivent le même objectif, mais diffèrent dans la façon de déterminer les hauteurs des différentes notes et de les répartir sur l’ensemble du clavier.

Lors d’un accordage à l’oreille, il faut d’abord tenir compte d’une difficulté acoustique fondamentale : les douze notes d’une octave ne peuvent pas être accordées de manière à ce que tous les intervalles soient simultanément purs. De légers écarts doivent donc être répartis de manière contrôlée entre les différents intervalles. C’est ce que l’on appelle la tempérisation.

L’accordeur établit pour cela une zone de référence dans le registre médium. À partir du la A4, il accorde une succession d’intervalles, notamment des quartes et des quintes, dont il évalue les battements. Il construit ainsi une octave tempérée – selon la méthode employée, la zone de référence peut également s’étendre sur un registre plus large. À partir de cette base, l’accord est ensuite prolongé par octaves vers le grave et vers l’aigu.

Avec un logiciel d’accord professionnel, l’approche est différente. Les hauteurs cibles sont calculées à partir des caractéristiques de l’instrument analysées au préalable. Une valeur de référence est ainsi disponible pour chaque note du clavier. La courbe d’accord ne doit donc pas être construite progressivement à partir d’une zone de référence établie à l’oreille : elle peut être mise en œuvre de manière continue sur toute l’étendue de l’instrument.

L’utilisation de technologies modernes est aujourd’hui courante dans de nombreux métiers artisanaux. Les procédés de mesure et de calcul facilitent certaines tâches et peuvent compléter utilement le savoir-faire manuel. Il en va de même pour l’accordage du piano : un logiciel professionnel offre notamment une référence précise pour appliquer de manière régulière la courbe d’accord propre à chaque instrument.

Dans mon travail, le logiciel constitue donc un élément important de ma technique d’accordage de pianos. Cette méthode a fait ses preuves au fil des années aussi bien sur des instruments privés que lors d’accordages de concert. Le logiciel ne remplace cependant pas l’oreille : tandis qu’il fournit les hauteurs cibles sur l’ensemble du clavier, j’utilise mon oreille pour contrôler la pureté des chœurs de cordes, les octaves et, finalement, l’équilibre musical de l’instrument. Le logiciel et l’oreille remplissent ainsi des fonctions différentes et complémentaires.

Questions fréquentes sur la technique d’accordage de pianos

Combien de temps faut-il pour accorder un piano droit ou un piano à queue ?

Un accordage soigné dure généralement entre deux heures et deux heures et demie. La durée exacte dépend de l’état de l’instrument, de sa tenue d’accord et de l’écart entre sa hauteur actuelle et le diapason souhaité. Si la hauteur doit être sensiblement relevée ou abaissée, un travail supplémentaire peut être nécessaire.

Accorde-t-on un piano à queue différemment d’un piano droit ?

Le principe fondamental est le même pour les deux instruments : la hauteur de chaque corde est réglée par de très petits mouvements de la cheville correspondante. Les différences concernent surtout la construction de l’instrument et la position de travail. Dans un piano à queue, les cordes et les chevilles sont disposées horizontalement, tandis que dans un piano droit elles sont en grande partie verticales. L’utilisation des coins d’accord diffère également quelque peu.

Pourquoi les graves et les aigus ne sont-ils pas accordés exactement aux fréquences théoriques ?

En raison de leur rigidité, les cordes d’un piano ne se comportent pas comme des cordes parfaitement idéales. Leurs partiels s’écartent légèrement des rapports de fréquences théoriques : c’est ce que l’on appelle l’inharmonicité.

Pour que les octaves et l’ensemble de l’instrument sonnent de manière équilibrée, les notes graves sont donc progressivement accordées un peu plus bas et les notes aiguës un peu plus haut que ne le prévoient les fréquences théoriques. Il en résulte la courbe d’accord caractéristique de chaque instrument.

Les pianos sont-ils toujours accordés à 440 Hz ?

Non. A4 = 440 Hz constitue aujourd’hui le diapason de référence le plus courant, mais ce n’est pas une règle absolue. Dans certains orchestres, on utilise par exemple A4 = 442 Hz.

Dans la pratique, il faut également tenir compte de la hauteur actuelle et de l’état de l’instrument. Un piano qui se trouve depuis longtemps sensiblement au-dessous de 440 Hz ne doit pas nécessairement être remonté immédiatement. Selon la situation, il peut être préférable de l’accorder à sa hauteur actuelle ou de relever progressivement son diapason au fil de plusieurs accordages.

La hauteur peut également être adaptée à un besoin musical particulier. J’ai par exemple déjà accordé un piano de manière à ce qu’il puisse accompagner des instruments utilisés par des enfants dont la hauteur ne correspondait pas exactement à A4 = 440 Hz. Il m’est également arrivé d’accorder un piano à queue sensiblement plus bas à la demande de son propriétaire.

Pourquoi existe-t-il des accordeurs spécialisés pour les instruments à clavier comme le piano, le piano à queue ou le clavecin ?

Le piano, le piano à queue et le clavecin possèdent un grand nombre de cordes dont la tension et la hauteur doivent être réglées individuellement. Contrairement à de nombreux instruments à cordes, le musicien ne réaccorde généralement pas lui-même l’ensemble de l’instrument avant de jouer.

Un piano compte environ 220 à 240 cordes et l’accordage exige non seulement de régler leur hauteur, mais aussi de répartir correctement les intervalles sur tout le clavier et d’assurer la stabilité de l’accord. Cela demande des outils spécifiques, une technique maîtrisée et une oreille entraînée. C’est pourquoi l’accordage de ces instruments constitue un métier spécialisé.

Un piano peut-il se désaccorder pendant un concert ?

Oui. La stabilité de l’accord dépend notamment de l’instrument, des conditions ambiantes et de l’intensité avec laquelle il est joué. Un jeu particulièrement puissant peut modifier suffisamment la tension de certaines cordes pour qu’une correction devienne nécessaire.

Lors d’une série de concerts d’une semaine au Marians Jazzroom à Berne, le pianiste de jazz Michel Camilo donnait deux concerts chaque soir. Après chaque concert, son jeu puissant avait suffisamment modifié l’accord pour que je doive réaccorder le piano à queue pendant environ une demi-heure.

Faire accorder son piano

Un piano bien accordé retrouve une sonorité claire, équilibrée et harmonieuse. J’accorde des pianos droits et des pianos à queue chez les particuliers, dans les écoles de musique ainsi que pour des concerts et autres manifestations musicales.

Chaque instrument est d’abord évalué dans son état actuel : je contrôle notamment sa hauteur générale, sa tenue d’accord et, si nécessaire, certains éléments de la mécanique. L’accordage est ensuite adapté aux caractéristiques de l’instrument et à son utilisation.

J’interviens comme accordeur de pianos à Berne, mais également dans de nombreuses localités des cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et des régions environnantes.

Pour faire accorder votre piano ou votre piano à queue, vous pouvez me contacter directement afin de convenir d’un rendez-vous.

→ Contacter l’accordeur de pianos

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