Accordeur professionnel accordant un piano à queue avec précision et maîtrise de la technique d’accordage.

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Technique d’accordage du piano : précision, écoute et expérience pour un son harmonieux

Cette page montre étape par étape comment la technique d’accordage est mise en pratique : comment la hauteur d’accord est déterminée et l’accord construit selon le tempérament égal sur l’ensemble du clavier, pourquoi tous les intervalles ne sont pas accordés de manière mathématiquement pure et quel rôle joue la courbe d’accord.

Piano ouvert avec mécanique visible, accompagné d’une mécanique de marteau simplifiée, d’un marteau d’accord, de coins d’accordage, d’un accordeur électronique et d’un diapason sur une planche en bois clair.

Comment accorde-t-on un piano ? – vue d’ensemble

Pour accorder un piano, il faut ajuster environ 230 cordes les unes par rapport aux autres afin d’obtenir, sur l’ensemble du clavier, un équilibre sonore cohérent et musical. La technique d’accordage associe les hauteurs calculées mathématiquement à la construction de l’instrument, aux propriétés de ses cordes et, surtout, à l’oreille de l’accordeur.

À partir de la hauteur d’accord déterminée – souvent située entre le la 435 et le la 440 –, l’accord est construit progressivement sur l’ensemble du clavier. Il repose sur le tempérament égal : l’octave est divisée en douze demi-tons égaux. Les douze tonalités peuvent ainsi être utilisées dans les mêmes conditions d’accord. Pour que cela soit possible, la plupart des intervalles s’écartent légèrement des rapports de fréquences mathématiquement purs : ils sont tempérés.

Sur un piano réel, une autre particularité doit toutefois être prise en compte : les fréquences théoriques du tempérament égal ne peuvent pas être appliquées telles quelles sur toute l’étendue du clavier. En raison des propriétés physiques des cordes du piano, les notes aiguës sont progressivement accordées un peu plus haut et les notes graves un peu plus bas que ne le prévoit le calcul théorique. Il en résulte une courbe d’accord propre à chaque instrument, qui sera expliquée plus en détail dans une section ultérieure.

Dans cette technique d’accordage, chaque corde est amenée à la hauteur cible qui en résulte. Les deux ou trois cordes qui composent de nombreuses notes sont ensuite accordées avec précision les unes par rapport aux autres, et les intervalles sont contrôlés sur l’ensemble du clavier.

Nous allons d’abord examiner l’intérieur du piano et les principaux éléments qui interviennent dans son fonctionnement : la mécanique, les étouffoirs et les cordes du piano droit et du piano à queue. Nous suivrons ensuite étape par étape la construction d’un accord cohérent – depuis la note de référence, le tempérament égal et les octaves jusqu’à la courbe d’accord et au contrôle final à l’oreille et à l’aide d’outils techniques.

Comment fonctionnent le piano droit et le piano à queue ?

Un regard à l’intérieur du piano

Piano droit ouvert avec mécanique retirée, touches, cordes, chevilles d’accord, chevalet et marteau d’accord.
Piano droit ouvert avec mécanique retirée :
De bas en haut, on distingue les touches, le chevalet qui passe sous les cordes, les cordes et les chevilles d’accord. Le marteau d’accord placé sur une cheville montre concrètement le principe de l’accordage.

Lorsqu’on ouvre un piano droit ou un piano à queue, on découvre un ensemble complexe de cordes, de chevilles d’accord, d’un cadre en fonte, de chevalets, d’une table d’harmonie, d’étouffoirs et d’une mécanique à marteaux. Sur l’illustration ci-dessus, la mécanique a été retirée afin de dégager la vue sur les principaux éléments de l’instrument qui interviennent dans l’accordage.

On y observe également le principe fondamental de la technique d’accordage : la hauteur de chaque corde est réglée en modifiant sa tension. À l’une de leurs extrémités, les cordes sont enroulées autour des chevilles d’accord. Celles-ci sont solidement ancrées dans le sommier et maintiennent la forte tension des cordes. Lorsqu’une cheville est légèrement tournée à l’aide du marteau d’accord, la tension de la corde se modifie et, avec elle, sa hauteur. Ce principe est le même pour le piano droit et le piano à queue.

La hauteur d’une corde dépend principalement de sa longueur, de sa masse par unité de longueur et de sa tension. Dans la technique d’accordage du piano, la longueur et la masse par unité de longueur de la corde restent inchangées : c’est sa tension qui est modifiée. De très faibles mouvements de la cheville suffisent déjà à modifier la hauteur de manière audible. Les chevilles sont solidement maintenues dans le sommier, une pièce massive constituée de plusieurs couches de bois dur, conçue pour résister durablement aux forces importantes exercées par les cordes.

Chevalet d’un piano à queue avec les cordes guidées latéralement et leur fixation visible à l’arrière-plan.
Les vibrations de la corde sont transmises à la table d’harmonie par l’intermédiaire du chevalet.

Mais la corde seule ne produit pas encore le son puissant que nous connaissons du piano. Pour comprendre la technique d’accordage, il est également utile de voir comment la corde est mise en vibration. Lorsque l’on joue, la mécanique transforme le mouvement de la touche en mouvement du marteau, qui vient frapper la corde.

Mécanique à marteaux du piano droit et du piano à queue

Parmi les éléments importants de la mécanique figurent, outre les marteaux, les étouffoirs. En position de repos, ils sont en contact avec les cordes et les empêchent de vibrer librement. Lorsqu’une touche est enfoncée, l’étouffoir correspondant se soulève des cordes afin de les laisser vibrer.

Dans le piano droit, les cordes sont disposées presque verticalement. Lorsqu’une touche est enfoncée, le marteau se déplace vers l’avant et frappe la corde ou le chœur de cordes correspondant. En même temps, l’étouffoir se soulève des cordes.

Mécanique d’un piano droit en position de repos avec touche, marteau, étouffoir et corde.

Dans le piano à queue, les cordes sont en revanche disposées horizontalement. Lorsqu’une touche est enfoncée, le marteau se déplace donc de bas en haut pour frapper la corde. Ici aussi, l’étouffoir se soulève simultanément et libère la corde afin qu’elle puisse vibrer.

Mécanique d’un piano à queue avec touche enfoncée, marteau frappant la corde et étouffoir soulevé.

Lorsque la touche est relâchée, le marteau revient à sa position de repos. L’étouffoir se repose sur la corde et met fin à sa vibration : le son s’éteint.

Marteau d’un piano frappant les cordes tandis que l’étouffoir est soulevé et ne repose plus sur les cordes.

Lorsque la pédale forte est enfoncée, tous les étouffoirs sont soulevés des cordes. Les cordes frappées peuvent ainsi continuer à vibrer même après le relâchement des touches. En même temps, leurs vibrations peuvent mettre en résonance d’autres cordes qui n’ont pas été frappées, lorsque leurs fréquences propres correspondent aux fréquences produites. Cette résonance sympathique contribue, notamment dans les accords joués dans les registres médium et aigu, à produire un son plus ample, plus chaleureux et plus spatial.

Lors de l’entretien, l’accordeur contrôle également le réglage de la pédale forte et le corrige si nécessaire. Les étouffoirs doivent se soulever complètement des cordes avec une course de pédale aussi réduite que possible et revenir fermement en contact avec elles lorsque la pédale est relâchée. Un bon réglage permet au pianiste d’utiliser la pédale forte avec peu d’effort et sans course inutilement importante.

Sur les pianos numériques, cet effet acoustique est reproduit électroniquement afin d’imiter aussi fidèlement que possible la sonorité d’un piano acoustique.

Étouffoirs d’un piano soulevés par la pédale forte et en position de repos sur les cordes.
À gauche : lorsque la pédale forte est enfoncée, les étouffoirs sont soulevés des cordes, qui peuvent vibrer librement.
À droite : en position de repos, les étouffoirs sont en contact avec les cordes et empêchent leur vibration prolongée.

Pour la technique d’accordage, il est également essentiel que la mécanique fonctionne de manière fiable. Chaque note doit pouvoir être frappée correctement et évaluée avec précision. Si, par exemple, un marteau se bloque ou si une pièce mobile ne revient pas correctement à sa position initiale, une intervention mécanique peut être nécessaire avant l’accordage.

L’état des feutres des marteaux influence également la sonorité. Lorsqu’ils sont fortement marqués par les cordes, aplatis ou endommagés, le son peut perdre de sa clarté. Selon leur état, les feutres peuvent être poncés et remis en forme de manière appropriée ; lorsqu’ils sont trop endommagés, leur remplacement peut devenir nécessaire.

Une défaillance du ressort de la languette d’échappement peut, par exemple, provoquer un dysfonctionnement de la mécanique. Après la frappe, la languette ne revient alors plus correctement à sa position initiale, ce qui peut rendre difficile, voire empêcher, la répétition rapide d’une note.

Mécanique d’un piano droit avec têtes de marteaux en feutre, étouffoirs et chœurs de cordes.
La mécanique d’un piano droit :
Au premier plan, les têtes de marteaux recouvertes de feutre ; à l’arrière-plan, à droite, les étouffoirs et les chœurs de cordes.

La disposition des cordes du piano droit et du piano à queue

Selon leur construction, les pianos droits et les pianos à queue possèdent généralement entre 220 et 240 cordes, bien que leur clavier ne comporte que 88 touches. De nombreuses notes ne sont en effet pas produites par une seule corde, mais par deux ou trois. Dans le registre médium et dans l’aigu, une note comporte généralement trois cordes, dans les registres plus graves deux, et dans l’extrême grave souvent une seule.

Cette répartition contribue à obtenir un équilibre sonore sur l’ensemble du clavier. Les cordes plus fines des registres médium et aigu sont généralement regroupées par trois, tandis que les cordes plus épaisses et plus lourdes du grave se présentent par deux ou, dans l’extrême grave, souvent seules.

Plusieurs cordes qui produisent ensemble la même note forment un chœur de cordes, ou simplement un chœur. Une tâche importante de la technique d’accordage consiste à ajuster avec précision les cordes d’un même chœur les unes par rapport aux autres afin que la note produite soit claire et homogène.

Les cordes sont soumises à une forte tension. Une seule corde peut supporter une force de traction de plusieurs dizaines de kilogrammes ; sur un grand piano à queue, la tension totale de l’ensemble des cordes peut atteindre environ 20 tonnes. Cette tension considérable explique pourquoi les chevilles d’accord, le sommier et le cadre en fonte doivent être particulièrement solides.

Une différence importante entre le piano droit et le piano à queue réside dans la disposition des cordes et de la mécanique. Dans le piano droit, les cordes et la table d’harmonie sont disposées presque verticalement et la mécanique à marteaux se trouve devant les cordes (voir l’image ci-dessus). Dans le piano à queue, les cordes et la table d’harmonie sont placées horizontalement, tandis que la mécanique est située sous les cordes.

Dans les deux types d’instruments, les cordes sont généralement disposées selon le principe des cordes croisées : les cordes graves passent en diagonale au-dessus des autres cordes. Dans le piano droit, ce croisement est particulièrement visible en raison de sa construction compacte et de la disposition presque verticale des cordes.

Cordes croisées d’un piano droit, avec les cordes graves passant en diagonale au-dessus des cordes des registres médium et aigu.
Cordes croisées d’un piano droit – les cordes graves passent en diagonale au-dessus des cordes des registres médium et aigu.

C’est l’interaction entre la mécanique à marteaux, les cordes, les chevalets et la table d’harmonie qui transforme le mouvement de la touche en son caractéristique du piano. Les marteaux mettent les cordes en vibration, les chevalets transmettent ces vibrations à la table d’harmonie, qui les amplifie et les transmet à l’air ambiant.

Dans un piano droit, la table d’harmonie se trouve à l’arrière de l’instrument. Une partie importante du son est donc rayonnée vers l’arrière avant d’être réfléchie dans la pièce par les surfaces environnantes.

Pourquoi le piano droit et le piano à queue se désaccordent-ils ?

Les pianos droits et les pianos à queue se désaccordent principalement sous l’effet des variations de température et d’humidité de l’air. Selon les conditions ambiantes, le bois de la table d’harmonie absorbe ou libère de l’humidité, ce qui modifie légèrement sa forme. Ces variations influencent la tension des cordes et, par conséquent, leur hauteur.

Comme toutes les cordes ne réagissent pas exactement de la même manière, les deux ou trois cordes d’un même chœur peuvent progressivement se désaccorder les unes par rapport aux autres. La note perd alors de sa clarté. Dans le même temps, les intervalles et l’équilibre sonore sur l’ensemble du clavier se modifient.

Un jeu puissant et intensif peut également influencer l’accord. Sur un piano à queue de concert notamment, la hauteur de certaines cordes peut déjà se modifier de manière perceptible au cours d’une représentation. Un transport ou un changement d’emplacement peut également avoir des effets sur l’accord. Si l’instrument se trouve ensuite dans des conditions climatiques différentes, un certain temps peut être nécessaire pour que le bois, la table d’harmonie et la tension des cordes s’adaptent à leur nouvel environnement.

Un exemple tiré de ma pratique : lors d’une série de concerts d’une semaine avec le pianiste de jazz Michel Camilo, j’accordais le piano à queue chaque après-midi avant le premier concert, puis à nouveau pendant la pause précédant le second. Son jeu particulièrement puissant modifiait l’accord de manière suffisamment importante pour qu’une retouche de l’accord d’environ une demi-heure soit nécessaire après chaque concert.

Les outils de la technique d’accordage

L’accordage d’un piano droit ou d’un piano à queue ne nécessite que quelques outils, mais ceux-ci sont spécialement conçus pour ce travail. Le principal outil mécanique est le marteau d’accord, qui permet de tourner les chevilles et de modifier ainsi la tension des cordes. Les coins d’accord servent à étouffer temporairement certaines cordes d’un chœur afin de pouvoir entendre isolément la corde à accorder.

Dans mon travail, j’utilise également un logiciel d’accord professionnel, dont le fonctionnement sera décrit plus en détail dans une section ultérieure.

Ces outils doivent être utilisés avec précision et de manière appropriée. Cela vaut aussi bien pour le maniement du marteau d’accord que pour l’utilisation du logiciel. Tout au long de l’accordage, l’oreille reste essentielle pour contrôler et affiner le résultat.

Le marteau d’accord – un réglage précis de la cheville

Marteau d’accord placé sur une cheville lors de la technique d’accordage de pianos.

Le marteau d’accord, également appelé clé d’accord, est le principal outil mécanique de l’accordeur. Il possède un long bras de levier et un embout qui s’ajuste précisément sur la partie carrée de la cheville. De très faibles mouvements de rotation permettent de tourner celle-ci et de modifier ainsi la tension de la corde et sa hauteur.

Il ne suffit toutefois pas d’amener momentanément la corde à la hauteur souhaitée. Entre la cheville et sa partie vibrante, la corde passe par plusieurs points de contact et de déviation. En raison des frottements qui s’y produisent, une modification de la tension ne se répartit pas immédiatement de manière uniforme sur toute la longueur de la corde. Dans la technique d’accordage, il faut donc équilibrer cette tension afin qu’elle se stabilise et que la note conserve aussi fidèlement que possible la hauteur obtenue.

La manière de manier le marteau d’accord est également déterminante. Les mouvements latéraux et les rotations inutiles doivent être évités autant que possible afin de ne pas solliciter inutilement la cheville et son ancrage dans le sommier. L’objectif est d’atteindre la hauteur souhaitée avec aussi peu de mouvements que possible, effectués de manière précise et contrôlée.

Marteau d’accord placé sur une cheville parmi les autres chevilles d’un piano.
Le marteau d’accord est placé avec précision sur une cheville parmi les autres chevilles du piano.

Cela demande de l’expérience et une grande sensibilité pour maîtriser l’interaction entre le marteau d’accord, la cheville et la tension de la corde. Une corde n’est pas correctement accordée simplement parce qu’elle atteint la bonne hauteur au moment de la mesure : la cheville et la tension de la corde doivent être stabilisées de manière à ce que la note conserve sa hauteur même après des frappes plus fortes.

Sourdines d’accord – étouffer certaines cordes de manière ciblée

Kurt Wieland place des coins d’accord entre les cordes d’un piano afin d’isoler la corde à accorder.

De nombreuses notes d’un piano droit ou d’un piano à queue sont produites par deux ou trois cordes qui forment ensemble un chœur de cordes. Pour pouvoir accorder d’abord une seule corde, les autres doivent être temporairement étouffées à l’aide de sourdines d’accord. Celles-ci sont placées entre les cordes afin d’empêcher les cordes concernées de vibrer.

Dans un chœur de trois cordes, deux cordes sont d’abord étouffées afin qu’une seule puisse vibrer librement. Celle-ci est accordée à la hauteur souhaitée et sert ensuite de référence pour les deux autres. La deuxième corde est alors libérée et accordée sur la première, tandis que la troisième reste étouffée. Enfin, la troisième corde est à son tour libérée et accordée avec précision sur les deux cordes déjà accordées.

Sourdines en caoutchouc étouffant deux cordes d’un chœur à trois cordes sur un piano droit, afin que seule la corde centrale puisse vibrer.

Les sourdines d’accord existent dans différents matériaux, formes et dimensions. Les sourdines fines en caoutchouc sont disponibles en différentes couleurs et peuvent être utilisées aussi bien sur le piano droit que sur le piano à queue. Il existe également des sourdines en feutre ou en cuir, qui présentent différents avantages selon l’instrument et leur utilisation.

Dans la technique d’accordage du piano à queue, il est particulièrement pratique de disposer de sourdines de différentes tailles. Comme les marteaux se trouvent sous les cordes, celles-ci sont directement accessibles par le haut. Les sourdines peuvent être insérées plus ou moins profondément entre les cordes selon l’espace disponible. Dans l’aigu notamment, les cordes sont courtes et l’espace est parfois très réduit, de sorte que de petites sourdines sont plus faciles à placer.

Les sourdines en feutre destinées au piano à queue sont par exemple fabriquées en feutre imprégné et peuvent mesurer environ 15 mm de largeur. Elles sont également recommandées pour les cordes filées de cuivre, car les sourdines en caoutchouc ou en matière synthétique peuvent, selon leur utilisation, laisser des traces sur le filage en cuivre.

Sourdines en feutre placées entre les cordes d’un piano à queue pour étouffer certaines cordes pendant l’accordage.

Certaines sourdines en caoutchouc avec poignée sont munies d’une tige métallique terminée par un anneau. Cette poignée permet de les placer et de les retirer plus facilement, notamment lorsque l’accès aux cordes est moins aisé.

Dans la technique d’accordage du piano droit, en revanche, les marteaux se trouvent devant les cordes. Les petites sourdines peuvent également être utilisées lorsque les cordes sont suffisamment accessibles. Il est toutefois souvent nécessaire de faire passer les outils entre les marteaux pour atteindre les cordes.

On utilise notamment des coins d’accord en bois recouverts de cuir pour le registre aigu. Leur long manche rond permet de les faire passer entre les marteaux. Une extrémité fendue permet d’étouffer de manière ciblée certaines cordes pendant l’accordage.

Sourdine d’accord en bois recouverte de cuir pour étouffer certaines cordes lors de l’accordage d’un piano droit.

Un autre outil est la sourdine d’accord pour l’aigu en nylon, munie d’un ressort. Longue d’environ 200 mm, elle permet d’étouffer de manière ciblée les cordes aiguës pendant l’accordage. Au repos, le ressort maintient les deux poignées écartées et les branches opposées rapprochées. Lorsque l’accordeur presse les poignées, les branches s’écartent plus ou moins selon la pression exercée. Les nombreuses positions intermédiaires permettent ainsi de placer la sourdine de différentes manières entre les cordes, selon celles qui doivent être étouffées.

Deux sourdines d’accord en nylon munies de ressorts sur un fond noir.

L’oreille joue un rôle particulièrement important lors de l’accordage des différentes cordes d’un même chœur. De faibles différences de hauteur entre deux cordes produisent des battements audibles. Plus leurs fréquences se rapprochent, plus ces battements ralentissent, jusqu’à disparaître presque entièrement lorsque les cordes sont accordées avec une grande précision. Les différentes cordes se fondent alors dans un son commun, clair et homogène.

Les sourdines d’accord sont des outils simples, mais indispensables à la technique d’accordage : elles permettent d’isoler les différentes cordes d’un chœur, puis de les accorder avec précision les unes par rapport aux autres.

Logiciel d’accord – hauteur et courbe d’accord

Tablette avec un logiciel d’accord professionnel permettant de contrôler la hauteur lors de l’accordage d’un piano.

Au début de l’accordage, je mesure environ 30 notes réparties sur l’ensemble du clavier. Le logiciel indique si, par rapport à la hauteur réglée du la de référence, ces notes sont dans l’ensemble plutôt trop hautes ou trop basses. J’ajuste ensuite progressivement la valeur du la de manière à réduire autant que possible les écarts des notes mesurées sur l’ensemble du clavier. Cette méthode permet de déterminer la hauteur d’accord la mieux adaptée à l’état actuel de l’instrument.

Il faut distinguer cette hauteur d’accord de la courbe d’accord. Celle-ci tient compte du fait que les hauteurs cibles d’un piano droit ou d’un piano à queue ne suivent pas exactement les valeurs théoriques sur toute l’étendue du clavier. Pour calculer une courbe d’accord adaptée à l’instrument, le logiciel prend en compte le type et la taille du piano, la hauteur de la corde lisse la plus grave ainsi que les harmoniques d’environ 20 notes mesurées dans différents registres. À partir de ces informations, il calcule les hauteurs cibles individuelles sur l’ensemble du clavier. Le tempérament égal constitue le cadre théorique de base, tandis que la courbe d’accord l’adapte au comportement vibratoire réel des cordes de l’instrument. Les raisons de ces écarts et leur rôle dans la technique d’accordage sont expliqués plus en détail ci-dessous.

Pendant l’accordage, le logiciel me sert de repère technique précis pour les hauteurs cibles des différentes cordes. L’évaluation et le contrôle du résultat sonore se font également à l’oreille.

Le diapason – la référence classique

Diapason accordé sur le la 440.

Le diapason fait partie des outils traditionnels de l’accordeur de pianos. Un diapason pour le la 440 produit, lorsqu’il est mis en vibration, un son presque pur à une fréquence de 440 Hz. Lors d’un accordage à l’oreille, ce son peut servir de référence acoustique pour établir une hauteur d’accord au la 440.

La technique d’accordage du piano – étape par étape

La technique d’accordage de base est la même pour le piano droit et le piano à queue. L’accordage s’effectue en plusieurs étapes – de la détermination de la hauteur d’accord initiale au réglage précis de chaque corde, puis au contrôle musical final.

Déterminer la hauteur d’accord – le la comme note de référence

La première étape consiste à déterminer à quelle hauteur il est préférable d’accorder l’instrument. La détermination de la hauteur d’accord appropriée constitue ainsi une étape cruciale de la technique d’accordage. Pour cela, il ne suffit pas de mesurer une seule note. À l’aide d’un logiciel d’accord professionnel, je contrôle une série de notes réparties sur l’ensemble du clavier.

Le logiciel calcule une courbe d’accord adaptée à l’instrument et indique, pour chaque note jouée, si sa hauteur se situe au-dessous, sur ou au-dessus de cette courbe. Il affiche également l’écart par rapport à la hauteur cible, exprimé en cents.

Le logiciel que j’utilise ne détermine toutefois pas automatiquement la hauteur d’accord optimale à partir de l’ensemble des notes contrôlées. Je dois donc la rechercher progressivement. Je modifie la hauteur du la de référence et observe comment se répartissent les écarts des différentes notes par rapport à la courbe calculée. Si la majorité des notes se situe au-dessous de cette courbe, j’abaisse la hauteur du la de référence ; si elles se situent majoritairement au-dessus, je la relève.

Je répète cette comparaison jusqu’à trouver la hauteur d’accord pour laquelle les écarts de l’ensemble des notes contrôlées par rapport à la courbe calculée sont aussi faibles que possible. Cela permet de limiter au minimum raisonnable la modification nécessaire de la hauteur générale de l’instrument. Lors de l’accordage qui suit, les différentes cordes doivent toujours être amenées à leurs hauteurs cibles respectives – et, sur un instrument fortement désaccordé, des corrections importantes peuvent rester nécessaires. Une détermination aussi précise que possible de la hauteur d’accord permet toutefois d’éviter des modifications inutilement importantes de la hauteur générale de l’instrument.

Le la de la quatrième octave sert de référence pour exprimer cette hauteur d’accord. Si j’obtiens ainsi par exemple une hauteur d’accord au la 435, cela signifie que l’instrument se situe globalement nettement au-dessous de la référence aujourd’hui courante de 440 Hz. C’est notamment le cas des pianos droits et des pianos à queue qui n’ont pas été accordés depuis longtemps et dont la hauteur a progressivement baissé.

Aujourd’hui, le la 440 constitue une référence largement utilisée, notamment lorsqu’un piano doit être joué avec d’autres instruments ou avec des enregistrements accordés à cette hauteur, ou encore dans un studio d’enregistrement avec des instruments électroniques et des systèmes numériques de production musicale. Cette référence n’est toutefois pas universelle : d’autres hauteurs d’accord sont utilisées selon les instruments, les ensembles, les époques et les pratiques musicales. Dans certains orchestres symphoniques, les instruments sont par exemple accordés au la 442.

Pour l’interprétation de musique ancienne sur des instruments historiques, on peut également utiliser d’autres hauteurs d’accord ainsi que des tempéraments historiques, comme le tempérament Werckmeister. Ces possibilités sont présentées plus loin sur cette page.

Infographie présentant différentes hauteurs possibles du diapason de 436 à 442 Hz, avec 440 Hz comme référence internationale actuelle.

La hauteur d’accord peut aussi être adaptée à des situations particulières. J’ai par exemple accordé un piano du la 440 à environ le la 436 afin qu’il corresponde à la hauteur des flûtes à bec de deux enfants. Leur professeure pouvait ainsi les accompagner au piano à la même hauteur.

Dans la pratique, les pianos droits et les pianos à queue que j’accorde ne se trouvent pas toujours exactement au la 440. Lorsqu’un instrument n’a pas été accordé depuis longtemps, sa hauteur d’accord actuelle se situe souvent entre environ 430 et 440 Hz. Il faut alors décider s’il est préférable de conserver cette hauteur, de la corriger ou de la relever progressivement.

La hauteur mesurée ne détermine donc pas automatiquement la hauteur à laquelle l’instrument doit être accordé. Si un piano se situe par exemple au la 435, il peut être judicieux de conserver cette hauteur lorsqu’il n’est pas destiné à être joué avec d’autres instruments accordés au la 440 ou à une autre hauteur d’accord définie. On évite ainsi une augmentation importante de la tension des cordes et les modifications des forces qui en résultent dans l’instrument. Cela peut également contribuer à obtenir un accord aussi stable que possible.

Si, en revanche, un piano droit ou un piano à queue doit par exemple être relevé du la 435 au la 440, la tension des cordes doit être augmentée. Une telle correction de la hauteur demande un travail supplémentaire et peut nécessiter un nouvel accordage ultérieur. La hauteur d’accord définitive est donc convenue avec le client. Il est également possible de relever progressivement la hauteur lors des accordages annuels jusqu’à atteindre, après quelques années, le la 440 souhaité.

Une fois la hauteur d’accord déterminée, l’accordage proprement dit peut commencer. La technique d’accordage consiste alors à amener les différentes cordes à leur hauteur cible respective et à les accorder avec précision les unes par rapport aux autres.

Le tempérament égal – douze demi-tons égaux

Avant d’accorder les différentes cordes, une autre question fondamentale se pose : quels doivent être les intervalles de hauteur entre les différentes notes à l’intérieur d’une octave ? Pour le piano moderne, le tempérament égal constitue la base de l’accordage.

Dans ce système, l’octave est divisée en douze demi-tons égaux. D’un demi-ton au suivant, la fréquence est toujours multipliée par le même facteur. Après douze demi-tons, on atteint l’octave supérieure, dont la fréquence est théoriquement exactement deux fois plus élevée que celle de la note de départ.

Cette répartition régulière constitue un compromis musical. Si certains intervalles, comme les quintes ou les tierces, étaient accordés selon des rapports de fréquences mathématiquement purs, certaines tonalités pourraient certes sonner de manière particulièrement pure et harmonieuse. Mais dans d’autres tonalités, les écarts deviendraient alors beaucoup plus importants, au point de les rendre nettement moins satisfaisantes, voire difficilement utilisables.

Dans le tempérament égal, l’octave est répartie de manière à ce que les douze demi-tons soient mathématiquement égaux. Ainsi, d’un point de vue théorique, les douze tonalités peuvent être utilisées dans les mêmes conditions. Les quintes, les tierces et les autres intervalles s’écartent légèrement de leurs rapports de fréquences mathématiquement purs. Cette modification volontaire des intervalles purs est appelée tempérament.

Historiquement, ce principe s’est développé à travers différents systèmes d’accord. À l’époque de Jean-Sébastien Bach, on utilisait déjà des tempéraments bien tempérés, qui permettaient de jouer dans toutes les tonalités majeures et mineures. Bach en a illustré les possibilités dans son Clavier bien tempéré, qui comprend des préludes et des fugues dans toutes les tonalités majeures et mineures. Les tempéraments bien tempérés de cette époque n’étaient toutefois pas nécessairement identiques au tempérament égal utilisé aujourd’hui : les différentes tonalités pouvaient encore conserver des caractères sonores distincts.

Le tempérament égal moderne pousse ce principe plus loin en divisant l’octave en douze demi-tons mathématiquement égaux. Il constitue ainsi le cadre théorique de l’accordage moderne du piano. Sur un piano réel, ces hauteurs calculées doivent toutefois encore être adaptées aux propriétés physiques des cordes. Cette adaptation supplémentaire conduit à la courbe d’accord, qui est expliquée plus en détail ci-dessous.

Calcul des fréquences dans le tempérament égal

Dans le tempérament égal, la fréquence de chaque demi-ton est obtenue en multipliant celle de la note précédente par le même facteur. Ce facteur correspond à la racine douzième de 2, puisque la fréquence doit avoir exactement doublé après douze demi-tons, c’est-à-dire après une octave.

À partir de A4 = 440 Hz, la fréquence théorique d’une note peut être calculée à l’aide de la formule :

f(n) = 440 × 2ⁿ⁄¹²

Dans cette formule, n indique le nombre de demi-tons au-dessus ou au-dessous de A4. Une valeur positive correspond à une note plus aiguë, une valeur négative à une note plus grave.

Ainsi, A5, situé douze demi-tons au-dessus de A4, possède une fréquence de 880 Hz, tandis que A3, situé douze demi-tons au-dessous, possède une fréquence de 220 Hz.

Ces valeurs constituent la base mathématique du tempérament égal. Sur un piano réel, elles ne peuvent toutefois pas être appliquées telles quelles sur l’ensemble du clavier. Les cordes ne se comportent pas comme des cordes idéales : leur rigidité entraîne de légers écarts dans leurs vibrations et leurs harmoniques. C’est notamment pour cette raison que les fréquences cibles doivent être adaptées à l’instrument au moyen d’une courbe d’accord.

Intervalles et battements – ce que l’accordeur entend

Dans le tempérament égal, la plupart des intervalles ne sont pas mathématiquement purs. Les quintes sont légèrement plus étroites que les quintes pures, tandis que les quartes sont légèrement plus larges. Les tierces présentent des écarts encore plus importants par rapport aux intervalles purs.

Lorsque deux notes sont jouées simultanément, certaines de leurs harmoniques ont des fréquences très proches sans être exactement identiques. Leur superposition produit alors des variations périodiques d’intensité appelées battements. Ceux-ci sont perceptibles comme de légères pulsations régulières du son.

Pour l’accordeur, ces battements constituent des repères acoustiques importants. Leur vitesse permet d’évaluer avec une grande précision la relation entre deux notes. Dans la technique d’accordage à l’oreille, les quartes, les quintes et les tierces peuvent ainsi être comparées et contrôlées les unes par rapport aux autres lors de l’établissement du tempérament.

Il ne s’agit donc pas de faire disparaître tous les battements. Dans un tempérament égal correctement établi, certains intervalles doivent au contraire présenter des battements caractéristiques. Leur vitesse évolue de manière régulière lorsque l’on progresse sur le clavier et permet à l’oreille de contrôler la cohérence de l’accord.

L’accordage à l’oreille repose ainsi moins sur la hauteur isolée de chaque note que sur l’écoute attentive des relations entre les notes. C’est cette comparaison des intervalles qui permet de construire et de contrôler un tempérament équilibré.

Étendre l’accord sur l’ensemble du clavier

Une fois le tempérament établi dans le registre médium, l’accord est progressivement étendu vers les registres graves et aigus. Les octaves jouent ici un rôle essentiel : elles permettent de relier les différentes parties du clavier et d’étendre l’accord d’un registre au suivant.

Mathématiquement, une octave correspond à un rapport de fréquences de 2:1. Une note située une octave au-dessus possède donc une fréquence deux fois plus élevée, tandis qu’une note située une octave au-dessous possède une fréquence deux fois plus basse. En théorie, il serait ainsi possible de construire l’ensemble de l’accord en doublant ou en divisant successivement les fréquences par deux.

Sur un piano réel, l’accordage des octaves est toutefois plus complexe. La technique d’accordage consiste alors à ne pas comparer uniquement les fréquences fondamentales des deux notes, mais également à écouter leurs harmoniques et les battements qui apparaissent entre elles. Les octaves sont ainsi contrôlées et ajustées progressivement sur l’ensemble du clavier.

Pour vérifier la cohérence de l’accord, les octaves ne sont pas considérées isolément. Elles peuvent être comparées avec d’autres intervalles et sur des distances plus grandes du clavier. Ces contrôles permettent de repérer de très faibles écarts et d’assurer une progression régulière de l’accord du grave à l’aigu.

Les propriétés réelles des cordes font cependant que les octaves ne peuvent pas être accordées sur toute l’étendue du clavier en appliquant simplement le rapport mathématique de 2:1. Dans les registres extrêmes en particulier, les fréquences cibles doivent être légèrement adaptées. C’est ce qui conduit à la courbe d’accord, expliquée plus loin sur cette page.

Amener précisément les cordes à leur hauteur cible

Lors de l’accordage, une seule corde d’une note est d’abord isolée et amenée à la hauteur cible prévue pour cette note. Les autres cordes du chœur sont ensuite libérées l’une après l’autre et accordées avec précision sur la première, jusqu’à ce qu’aucun battement gênant ne soit plus perceptible.

Il ne suffit toutefois pas d’atteindre la hauteur souhaitée. La cheville d’accord doit être positionnée de manière contrôlée et la tension de la corde équilibrée afin que la hauteur obtenue reste aussi stable que possible.

Lorsque la hauteur d’un instrument doit être sensiblement relevée, j’accorde volontairement, lors du premier passage, les cordes trop basses légèrement au-dessus de leur hauteur cible. La règle pratique est la suivante : plus une corde se trouve au-dessous de sa hauteur cible, plus elle est d’abord relevée au-dessus de celle-ci.

La corde peut d’abord être légèrement tendue au-delà de la hauteur recherchée, puis relâchée de manière contrôlée jusqu’à atteindre la hauteur prévue pour le premier passage. Cette méthode favorise l’équilibrage de la tension dans la corde et contribue à mieux stabiliser la hauteur obtenue.

Sous l’effet de la modification des forces de traction et du rééquilibrage des tensions dans l’ensemble du système de cordes, la hauteur des cordes relevées lors du premier passage redescend ensuite légèrement. Lors du deuxième passage, les corrections nécessaires sont donc beaucoup plus faibles que si les cordes avaient été accordées directement à leur hauteur cible définitive dès le premier passage. Cette méthode permet également d’obtenir un accord plus stable.

Contrôle acoustique et corrections fines

Pour moi, la technique d’accordage comprend également un contrôle acoustique de l’ensemble de l’instrument. Après l’accordage proprement dit, je joue quelques morceaux et prête attention aux notes dont la sonorité me paraît inhabituelle.

Lorsqu’une note attire mon attention, je contrôle d’abord le chœur de cordes correspondant. Si ses deux ou trois cordes ne sont pas parfaitement accordées entre elles, des battements peuvent apparaître et altérer la sonorité de la note. Une différence de hauteur d’environ 2 cents seulement – un cent correspondant à un centième de demi-ton – entre deux cordes d’un même chœur peut déjà produire des battements nettement audibles. Une légère correction au sein du chœur suffit donc souvent pour que la note s’intègre à nouveau naturellement dans l’ensemble sonore.

Un chœur parfaitement accordé en lui-même ne signifie toutefois pas que sa hauteur soit correcte par rapport aux autres notes. Toutes les cordes d’un chœur peuvent être ensemble légèrement trop hautes ou trop basses. Je contrôle donc ensuite la progression sonore des octaves sur l’ensemble du clavier, de l’extrême grave jusqu’à l’extrême aigu, et je corrige si nécessaire la hauteur du chœur concerné.

Toutes les irrégularités sonores ne peuvent cependant pas être éliminées par une correction de l’accord. Certaines cordes peuvent, en raison d’une forme irrégulière ou d’une structure non homogène du métal, présenter à elles seules une sonorité imparfaitement pure accompagnée d’un battement audible. Lorsque ces cordes résonnent avec les autres cordes du chœur, cette irrégularité devient toutefois beaucoup moins perceptible. Elle n’influence généralement que faiblement la sonorité du chœur, même si une oreille exercée peut encore la percevoir.

L’inharmonicité des cordes du piano

Dans le modèle mathématique idéal, les harmoniques d’une corde vibrante se situent à des multiples exacts de sa fréquence fondamentale. Une corde de piano réelle se comporte toutefois différemment. En raison notamment de sa rigidité, ses harmoniques se situent légèrement plus haut que ne le prévoit ce modèle théorique. Ce phénomène est appelé inharmonicité.

L’inharmonicité varie d’une corde à l’autre et dépend notamment de sa longueur, de son diamètre, de sa tension et de sa construction. Elle n’est donc pas identique sur toute l’étendue du clavier et diffère également selon la taille et la construction de l’instrument.

Cette particularité influence directement l’accordage des octaves. Si celles-ci étaient accordées partout selon le rapport mathématique exact de 2:1, certaines harmoniques de deux notes distantes d’une octave ne coïncideraient pas suffisamment bien. À l’oreille, l’octave pourrait alors sembler trop étroite.

Pour obtenir un résultat musicalement équilibré, les octaves doivent donc être légèrement adaptées au comportement réel des cordes. Cette adaptation fait partie de la technique d’accordage et conduit à une modification progressive des hauteurs sur l’ensemble du clavier : la courbe d’accord.

La courbe d’accord – adapter les hauteurs à l’instrument

Courbe d’accord montrant les écarts progressifs par rapport aux valeurs théoriques, vers le bas dans le grave et vers le haut dans l’aigu, autour du la de référence à 440 Hz.
La courbe d’accord
Le la 440 sert de point de repère dans la technique d’accordage. La courbe montre comment les hauteurs s’écartent progressivement des valeurs théoriques : vers le bas dans le grave et vers le haut dans l’aigu.

En raison de l’inharmonicité décrite ci-dessus, les fréquences théoriques du tempérament égal ne peuvent pas être appliquées telles quelles sur toute l’étendue du clavier. Pour obtenir des octaves et des intervalles qui sonnent de manière équilibrée, les hauteurs cibles doivent être progressivement adaptées au comportement réel des cordes.

Dans le registre aigu, les notes sont généralement accordées un peu plus haut que ne le prévoit le calcul théorique. Dans le registre grave, elles sont progressivement accordées un peu plus bas. Les hauteurs restent généralement très proches des valeurs théoriques dans le registre médium, tandis que les écarts deviennent plus importants à mesure que l’on se rapproche des extrémités du clavier.

L’ensemble de ces écarts forme la courbe d’accord. Celle-ci n’est pas identique pour tous les instruments : elle dépend notamment de la taille et de la construction du piano droit ou du piano à queue ainsi que du comportement acoustique de ses cordes. Un petit piano droit nécessite donc une courbe différente de celle d’un grand piano à queue.

Le terme stretched tuning, ou stretch, ne signifie pas que l’accord est simplement étiré à partir du la 440 dans deux directions opposées. Dans le grave, les hauteurs sont progressivement abaissées par rapport aux valeurs théoriques, tandis que dans l’aigu, elles sont progressivement relevées. L’écart entre les notes les plus graves et les plus aiguës devient ainsi plus grand que dans le modèle mathématique du tempérament égal.

Pour l’illustrer de manière simplifiée : si la note la plus grave se situait par exemple 25 cents au-dessous de sa valeur théorique et la note la plus aiguë 25 cents au-dessus, l’étendue totale des hauteurs serait augmentée de 50 cents, soit un quart de ton. C’est à cet élargissement de l’étendue totale des hauteurs que se rapporte le terme stretch.

Pour déterminer une courbe adaptée à l’instrument, mon logiciel d’accord tient compte de plusieurs paramètres, notamment de la taille de l’instrument, de la hauteur de la corde lisse la plus grave ainsi que des harmoniques d’environ 20 notes mesurées dans différents registres. À partir de ces données, il calcule les hauteurs cibles individuelles sur l’ensemble du clavier.

La courbe calculée constitue une base précise pour ma technique d’accordage, mais elle n’est pas appliquée mécaniquement. Au cours du travail, je contrôle le résultat à l’oreille et j’ajuste si nécessaire certaines zones afin d’obtenir des octaves, des intervalles et une progression sonore aussi équilibrés que possible.

Le tempérament égal reste ainsi le cadre théorique de l’accordage, tandis que la courbe d’accord l’adapte au comportement réel des cordes et aux caractéristiques propres de chaque instrument.

Accorder un piano à l’oreille et avec un logiciel d’accord

La manière dont le tempérament égal et la courbe d’accord adaptée à l’instrument sont mis en pratique dépend de la méthode utilisée. Un piano peut être accordé traditionnellement à l’oreille ou à l’aide d’un logiciel d’accord professionnel. Les deux méthodes poursuivent le même objectif, mais diffèrent dans la manière de construire et de contrôler l’accord sur l’ensemble du clavier.

Lors d’un accordage à l’oreille, l’accordeur établit d’abord, dans le registre médium, une zone de référence tempérée. À partir du la de référence la 440, il accorde une série d’intervalles, notamment des quartes et des quintes, et évalue leurs battements. Les intervalles sont ajustés les uns par rapport aux autres de manière à obtenir le tempérament décrit précédemment. Selon la méthode utilisée, une octave ou une zone plus étendue peut servir de base. À partir de cette zone de référence, l’accord est ensuite étendu par octaves vers le grave et vers l’aigu.

Lors d’un accordage avec un logiciel professionnel, les hauteurs cibles calculées au préalable sont en revanche disponibles pour les différentes notes du clavier. L’accord peut donc s’orienter directement sur ces valeurs. La courbe d’accord adaptée à l’instrument ne doit ainsi pas être étendue progressivement à partir d’une zone de référence établie à l’oreille, mais peut être appliquée de manière continue sur toute l’étendue du clavier.

L’utilisation de techniques modernes est aujourd’hui courante dans de nombreux métiers artisanaux. Des méthodes précises de mesure et de calcul facilitent le travail et peuvent compléter utilement le savoir-faire manuel. Dans l’accordage du piano également, un logiciel professionnel constitue notamment un repère fiable pour appliquer de manière régulière la courbe d’accord propre à chaque instrument.

Dans mon travail, le logiciel d’accord constitue donc un élément important de ma technique d’accordage. Cette méthode a fait ses preuves au fil des années aussi bien sur des instruments privés que lors d’accordages de concert. Le logiciel ne remplace toutefois pas l’oreille : tandis qu’il fournit les hauteurs cibles sur l’ensemble du clavier, je contrôle à l’oreille la précision des chœurs de cordes, la progression sonore des octaves et, enfin, l’équilibre musical général de l’instrument. Les deux approches remplissent ainsi des fonctions différentes et se complètent.

Accorder les instruments à clavier historiques

Clavecin et pianoforte ouverts avec cordes et mécanique visibles.
Clavecin et pianoforte ouverts – deux instruments à clavier historiques de construction et de production sonore différentes.

Lors de l’accordage d’instruments à clavier historiques, notamment de clavecins et de pianofortes, la technique d’accordage doit être adaptée à leurs particularités de construction ainsi qu’au contexte musical dans lequel ils sont utilisés. Le principe fondamental reste le même que pour les pianos droits et les pianos à queue modernes : la hauteur d’une corde est réglée en modifiant sa tension. La construction de ces instruments, leurs cordes ainsi que les tempéraments et les hauteurs d’accord utilisés demandent toutefois une approche adaptée.

De nombreux clavecins possèdent deux jeux de cordes à la même hauteur (2 × 8′) ; selon la construction de l’instrument, d’autres registres peuvent s’y ajouter. Les cordes sont généralement nettement plus fines que celles des pianos droits et des pianos à queue modernes. Pour l’accordage, on utilise une clé d’accord plus petite, et la rotation des chevilles demande par conséquent davantage de délicatesse.

Sur les pianofortes, les cordes sont elles aussi généralement plus fines que sur les pianos modernes. Les différents chœurs de cordes sont en outre souvent très rapprochés. En raison de ces faibles espacements, il peut être un peu plus délicat de repérer et d’identifier avec certitude la corde à accorder.

Dans l’interprétation de la musique ancienne, des tempéraments historiques différents du tempérament égal aujourd’hui courant peuvent également être utilisés sur les instruments historiques. Selon l’époque, le compositeur et le contexte musical, différents tempéraments sont possibles. Le tempérament Werckmeister III, datant de la fin du XVIIe siècle, en est un exemple. Dans ce type de tempérament bien tempéré, les écarts ne sont pas répartis uniformément entre toutes les tonalités. Certaines tonalités et certains intervalles peuvent ainsi acquérir un caractère sonore particulier.

La hauteur d’accord ne doit pas non plus nécessairement correspondre au la 440, qui constitue aujourd’hui une référence largement utilisée. Dans l’interprétation historiquement informée de la musique baroque, on utilise par exemple fréquemment la 415, soit une hauteur située approximativement un demi-ton au-dessous de 440 Hz. D’autres hauteurs d’accord peuvent toutefois être appropriées selon l’époque, la région, le répertoire et l’instrument.

Ces tempéraments historiques peuvent également être réalisés à l’aide d’un logiciel d’accord moderne. Les données correspondant au tempérament souhaité peuvent être sélectionnées ou chargées dans le logiciel. Celui-ci calcule alors les hauteurs cibles des différentes notes en fonction du tempérament choisi et de la hauteur d’accord définie. Il est ainsi possible, par exemple, d’accorder un clavecin selon le tempérament Werckmeister III au la 415.

Malgré ces particularités, le principe technique fondamental reste le même : la hauteur de chaque corde est réglée avec précision et l’accord est construit de manière à correspondre aux caractéristiques de l’instrument ainsi qu’au contexte musical.

❓Questions fréquentes sur la technique d’accordage

Combien de temps faut-il pour accorder un piano droit ou un piano à queue ?

Un accordage soigné dure généralement entre deux heures et deux heures et demie. La durée exacte dépend de l’état de l’instrument, de sa tenue d’accord et de l’écart entre sa hauteur actuelle et la hauteur d’accord souhaitée.

Si la hauteur doit être sensiblement relevée ou abaissée, un travail supplémentaire peut être nécessaire. Des corrections importantes de hauteur peuvent également nécessiter plusieurs passages d’accord.

Pourquoi faut-il faire appel à un accordeur professionnel pour un piano, alors que ce n’est généralement pas nécessaire pour d’autres instruments ?

Sur de nombreux instruments à cordes, comme la guitare, le violon ou le violoncelle, le musicien peut accorder lui-même son instrument. Les cordes sont facilement accessibles et leur hauteur peut être modifiée relativement simplement à l’aide des chevilles ou des mécanismes prévus à cet effet.

Sur un piano droit ou un piano à queue, il faut en revanche accorder avec précision plus de 200 cordes soumises à une forte tension et les ajuster les unes par rapport aux autres sur l’ensemble du clavier. Les chevilles sont solidement maintenues dans le sommier et sont tournées à l’aide d’un marteau d’accord spécial. De très faibles mouvements suffisent déjà à modifier la hauteur d’une corde.

Il ne suffit pas non plus d’amener chaque corde à la bonne hauteur. Les deux ou trois cordes d’un même chœur doivent être accordées avec précision les unes par rapport aux autres, les intervalles doivent être équilibrés et les registres grave et aigu adaptés à la courbe d’accord propre à l’instrument. Les chevilles doivent en outre être positionnées de manière à assurer une stabilité aussi bonne que possible de l’accord.

Accorder un piano droit ou un piano à queue demande donc des outils spécifiques, de l’expérience, une oreille exercée et une technique d’accordage appropriée.

Que se passe-t-il lorsqu’une cheville d’accord ne maintient plus suffisamment la tension de la corde ?

Une cheville d’accord doit être suffisamment bien maintenue dans le sommier pour que la hauteur réglée reste stable. Si elle est trop lâche, la corde correspondante peut se désaccorder de nouveau après l’accordage.

Selon la cause et l’état de l’instrument, différentes réparations peuvent être nécessaires. L’essentiel est que la cheville puisse à nouveau maintenir de manière fiable la tension de la corde.

Une corde peut-elle casser lors de l’accordage d’un piano ?

Oui, dans de rares cas, une corde peut casser lors de l’accordage d’un piano. Cela se produit généralement lorsque sa hauteur est relevée, car la tension de la corde augmente. Les cordes anciennes, devenues fragiles ou déjà endommagées, sont particulièrement exposées à ce risque, car leur élasticité et leur résistance peuvent diminuer avec les années.

Sur les pianos droits et les pianos à queue très anciens – notamment lorsqu’ils ont plus de 100 ans –, il faut donc relever la hauteur avec beaucoup de prudence. Les vieilles cordes de basse, en particulier, peuvent devenir fragiles au fil des décennies et perdre une partie de leur élasticité. Dans certains cas, il est préférable de laisser une corde de basse légèrement au-dessous de sa hauteur théorique plutôt que de risquer de la casser en augmentant davantage sa tension.

Une prudence particulière s’impose également lorsqu’un instrument resté longtemps accordé trop bas doit être ramené à la hauteur d’accord habituelle du la 440. Comme la hauteur redescend légèrement après une correction importante, certaines cordes sont amenées légèrement au-dessus de leur hauteur cible définitive lors du premier passage. La tension doit alors être augmentée de manière très contrôlée.

Une corde peut également casser à la suite d’une erreur de manipulation, par exemple si une autre corde que celle prévue a été étouffée par inadvertance et que l’accordeur entend la hauteur d’une corde voisine tout en tournant la cheville de la corde à accorder. Il est donc essentiel d’identifier avec certitude la cheville et la corde correspondante, tout en maniant le marteau d’accord lentement et de manière contrôlée.

Une technique d’accordage soigneuse se traduit également par une manipulation contrôlée du marteau d’accord. En prenant appui avec la main et en effectuant de petits mouvements précis, on évite qu’une cheville qui cède brusquement ne soit tournée trop loin et que la corde ne soit ainsi soumise à une tension excessive.

Si une corde casse malgré ces précautions, elle est remplacée puis réaccordée plusieurs fois jusqu’à ce que sa hauteur se soit stabilisée.

Les problèmes mécaniques doivent-ils être réparés avant l’accordage ?

Tous les problèmes mécaniques n’empêchent pas d’accorder un piano. Les notes nécessaires doivent toutefois pouvoir être jouées de manière fiable. Si, par exemple, un marteau se bloque, si la mécanique d’une touche ne fonctionne pas correctement ou si une note ne peut pas être jouée de manière fiable, une petite réparation peut être nécessaire avant l’accordage.

Les défauts mineurs peuvent souvent être corrigés dans le cadre de l’intervention sur l’instrument.

Faire accorder votre piano droit ou votre piano à queue

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